Trois scientifiques de l’Université de Sherbrooke (UdeS), Fanie Pelletier, Yue Zhao et Myriam Lemelin, voient leur carrière ponctuée d’une reconnaissance d’exception par la Société royale du Canada (SRC). La SRC a procédé à l’annonce des nouvelles et nouveaux membres le 9 septembre.
Il s’agit de la plus haute distinction décernée au pays dans les domaines des arts, des sciences sociales, des sciences humaines et des sciences de la nature.
La professeure Fanie Pelletier et le professeur Yue Zhao deviennent membres de l’Académie des sciences de la SRC. Pour la professeure Myriam Lemelin, c’est une place au sein du Collège des nouveaux chercheurs et créateurs en art et en science qui lui est offerte. Ces nominations soulignent leur contribution remarquable à la science et au progrès de la société.
De nouvelles perspectives de collaborations s’ouvriront aux trois scientifiques, puisqu’au sein de la SRC, les plus éminents esprits du pays se regroupent pour faire avancer savoirs et débats dans le cadre de travaux interdisciplinaires.
« Cette reconnaissance souligne de belle manière des années d’innovation et de leadership en recherche dans les domaines de l’écologie animale, de la chimie des matériaux et de la télédétection géologique. Je tiens à féliciter la professeure Fanie Pelletier, le professeur Yue Zhao et la professeure Myriam Lemelin pour ces nominations prestigieuses. Leur excellence contribue à faire de l’UdeS une organisation de classe mondiale », affirme le professeur Jean-Pierre Perreault, recteur de l’UdeS.
La professeure Valérie Laflamme, vice-rectrice à la recherche et vice-rectrice aux relations internationales, ajoute : « C’est un bel hommage à des carrières scientifiques ayant des retombées concrètes pour la société. On pense ici à une meilleure conservation de la faune, au développement de matériaux utilisés notamment dans les prochaines générations de médicaments, et à la préparation des futures explorations lunaires. C’est une fierté pour l’UdeS de compter la professeure Fanie Pelletier, le professeur Yue Zhao et la professeure Myriam Lemelin dans sa communauté de recherche. »
Une experte qui transforme notre regard sur la faune
La professeure Fanie Pelletier est une biologiste de la faune reconnue pour son travail qui se transpose jusque dans les politiques publiques de conservation de la faune.
Son champ d’expertise : les dynamiques écoévolutives, soit l’étude du lien entre l’évolution des espèces (changements génétiques, sélection naturelle) et ses effets sur les populations sauvages. Ses recherches ont montré que les espèces sauvages pouvaient évoluer en quelques années ou décennies et que les activités humaines accéléraient leur évolution.
Basés sur des suivis à long terme d’animaux marqués, ses travaux ont profondément transformé notre compréhension de la relation entre l’écologie et l’évolution. La professeure Pelletier a poussé l’innovation jusqu’à appliquer la recherche écoévolutive aux populations préindustrielles humaines.
Ses recherches sont essentielles pour notre société. Elles ont entre autres amélioré la gestion de certaines espèces, dont l’ours brun scandinave, le mouflon d’Amérique en Alberta et le caribou au Québec. Son expertise est fréquemment sollicitée par des comités d’experts provinciaux, fédéraux et mondiaux. La professeure Pelletier fait d’ailleurs partie des auteurs du prochain rapport sur le suivi de la biodiversité mondiale de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).
Dans le milieu universitaire, cette scientifique exceptionnelle s’est construit une réputation qui résonne jusqu’à l’international. Au cours des dernières années, la professeure Pelletier a été invitée à présenter plus de 60 séminaires, conférences et ateliers dans des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas et les États-Unis. Elle a également été citée plus de 10 000 fois dans la littérature scientifique.
Malgré son succès à l’international, elle a à cœur de promouvoir la science dans sa langue maternelle et mène, entre autres, une initiative en partenariat avec les fonds de recherche du Québec et le Canadian Science Publishing visant à accroître les publications scientifiques en français.
« Les suivis à long terme en milieu naturel offrent des occasions uniques de comprendre comment les activités humaines façonnent l’évolution des espèces. Nos recherches contribuent ainsi à la fois aux connaissances fondamentales en écologie et en évolution et à la compréhension des réponses de la faune aux changements environnementaux d’origine humaine », explique la professeure Fanie Pelletier.
Parmi ses nombreuses distinctions, on compte une nomination au Collège des nouveaux chercheurs et créateurs en art et en science de la SRC (2019) et l’obtention d’une prestigieuse bourse commémorative E.W.R. Steacie (2020). Elle a aussi obtenu deux chaires de recherche du Canada, dont la Chaire de recherche du Canada sur les impacts de l’activité humaine sur la faune, qu’elle dirige depuis 2022.
Un visionnaire des matériaux du futur
Le professeur Yue Zhao est un chimiste chevronné se spécialisant dans les matériaux fonctionnels avancés. Ses découvertes ont ouvert la voie à de nombreuses applications technologiques, notamment dans le domaine de la santé.
Son expertise porte sur les matériaux polymères et les cristaux liquides réagissant à l’exposition aux stimuli (lumière, pH, température, gaz, champs électriques et ultrasons). On le connaît surtout pour ses travaux pionniers sur les « nanoparticules polymères photocontrôlables ». Grâce à cette avancée, on pourrait, par exemple, contrôler la libération d’un médicament dans l’organisme à l’aide de lumière. Les traitements ciblés (chimiothérapie et thérapies anti-inflammatoires et antimicrobiennes) offrent une meilleure efficacité thérapeutique et réduisent les effets secondaires sur les tissus sains.
Le professeur Zhao est également chef de file dans un domaine émergent, suscitant un intérêt scientifique et technologique considérable : les actionneurs et les robots souples à base de polymères à cristaux liquides. Avec son équipe, il a introduit de nouveaux concepts dans la création de robots souples miniatures (à l’échelle du millimètre au centimètre). Ces robots ont diverses applications potentielles, notamment dans les domaines des muscles artificiels, des outils médicaux peu invasifs et des textiles intelligents.
Avec plus de 40 ans d’expérience en recherche, le professeur Zhao fait figure de modèle. Son approche originale et créative a eu un profond impact, tant au sein du laboratoire qu’il dirige qu’auprès de la communauté scientifique internationale. On lui doit plusieurs innovations en matière de méthodes, de concepts, de connaissances fondamentales et d’applications.
« J’apprécie cet honneur, car il reconnaît la valeur et l’importance de mes nombreuses années de recherche fondamentale. Il témoigne également de l’immense talent des étudiants que j’ai eu le privilège d’encadrer et avec qui j’ai travaillé tout au long de ma carrière », mentionne le professeur Yue Zhao.
Ses contributions lui ont valu des distinctions prestigieuses, dont le Prix des sciences macromoléculaires et du génie de l’Institut canadien de chimie (2013).
Une étoile montante en exploration spatiale
La professeure Myriam Lemelin est reconnue à l’échelle internationale comme une scientifique de premier plan dans le domaine de la télédétection géologique. Elle utilise différentes techniques pour déterminer les caractéristiques physiques de cibles géologiques au moyen de mesures effectuées à distance, par des imageurs en orbite ou au sol, par exemple. Ses recherches portent sur la caractérisation de l’Arctique canadien, des astéroïdes, de la Lune et de Mars.
Bien qu’elle soit en début de carrière, elle maîtrise un savoir-faire scientifique qui contribue concrètement aux efforts internationaux d’exploration spatiale. Parmi ses travaux, deux études phares ont eu un impact particulièrement important : l’une portant sur les sites d’atterrissage lunaires les plus prometteurs afin d’étudier la présence de glace, et une autre présentant les seules cartes minéralogiques réalisées à ce jour pour les régions polaires de la Lune.
Sa spécialité est mise à contribution dans la préparation de missions satellitaires et robotisées dirigées par la NASA, l’Agence spatiale canadienne et l’Agence spatiale européenne. Ces missions visent entre autres à identifier la présence de glace d’eau aux pôles de la Lune. À titre de cochercheuse scientifique pour ces missions, la professeure Lemelin participe aux activités préalables aux lancements, telles que la caractérisation de sites d’atterrissage, le développement et l’essai des instruments et la définition des objectifs scientifiques. Elle sera ensuite amenée à traiter les données acquises au cours de ces missions.
Cette chercheuse de premier plan fait bien plus que repousser les limites de la recherche en télédétection. Son engagement remarquable l’amène à prendre part à des groupes de recherche et d’analyse ainsi qu’à siéger à des comités consultatifs d’organismes nationaux et internationaux. Elle organise également des conférences et des événements publics. La professeure Lemelin organise par exemple un marathon de programmation à l’UdeS dans le cadre du NASA Space Apps Challenge, offrant l’occasion à toute personne intéressée par l’espace et les sciences de relever des défis concrets rencontrés sur Terre.
« J’accueille cette reconnaissance avec beaucoup d’humilité et une grande motivation à contribuer activement à la mission du collège. Tout en continuant à développer des connaissances spécifiques dans mon domaine de recherche, je serai heureuse de traiter de questions qui présentent un intérêt particulier pour les nouveaux chercheurs, artistes et scientifiques, pour le développement du savoir et pour le bien-être de la société, tout en tirant parti des approches interdisciplinaires du Collège », ajoute la professeure Myriam Lemelin
La professeure Lemelin dirige depuis 2019 la Chaire de recherche du Canada en télédétection de la géologie nordique et spatiale.

















